vendredi 23 septembre 2016

CCCXXX ~ Souvenirs d’été

La Fortune aurait-elle fini par entendre mes suppliques ? J’ai enfin reçu l’une des commandes de perles que j’attendais depuis fin juin, qui a dû plusieurs fois faire le tour du monde avant d’arriver chez moi, mais qui est là maintenant, et c’est l’essentiel. Une bonne leçon de patience, dirons-nous, qui m’a redonné envie de partager les quelques babioles que j’ai eu l’occasion de fabriquer lors de mon été un peu chargé.

~~~


Tout d’abord, pour un mariage, le fameux mariage qui m’a permis de partir en Crète : la couronne que j’ai réalisée quelques heures avant le départ, alors que je prenais conscience que je n’avais aucun accessoire de tête pour accompagner ma robe. Bricolée en catastrophe, je ne pensais pas qu’elle survivrait au voyage, et pourtant elle a très vaillamment affronté les vents et le transport. Ses couleurs sont, je trouve, de saison, je la porte donc assez souvent ces derniers temps… et elle me donne envie de plein d’autres accessoires fleuris et feuillus pour le début de l’automne.

~~~

Flou artistique

Encore des boules de (faux) poils récalcitrantes face à l’objectif, encore des souvenirs de boutiques de travaux manuels japonaises. Outre les poils, citons les améthystes et les cristaux Swarovski. Ces boucles d’oreilles sont de taille plus raisonnable que la précédente que j’avais faite, et je crois qu’elles ont réussi à calmer mes ardeurs pour ce type d’accessoires (ceci plus mon ras-le-bol du Larme-kei qui s’enferme toujours plus dans des variations autour de l’héroïnomane hallucinée).

~~~

Et voici d’autres petites choses inachevées que je montre malgré tout pour me donner de l’entrain (Allez ! De la joie !).

 

Tout d’abord une marotte née en juillet (en pleine lecture de Dumas, donc) après avoir acheté à la Junku un livre sur des fleurs brodées en relief (pas celui-ci, mais c’est pour vous donner une idée). Je suis tombée en admiration devant un bouquet de lavande qu’il me fallait absolument reproduire ; faute de temps (car la tâche est fastidieuse) je me suis arrêtée à une seule fleur, mais je m’y remettrai un jour, sans doute. En attendant, elle décore un soliflore, et c’est ma foi assez joli (et trompeur !).

 

Une ébauche de bijou de tête qui ne me satisfait pas encore totalement, donc non photographiée entièrement. Quelque chose me dérange dans la façon dont elle tombe, mais je ne parviens pas à trouver quoi. La chaîne, très délicate, est plaquée or, avec encore une fois des cristaux Swarovski. À compléter, encore une fois, lorsque je trouverai un peu de temps…


Et, enfin, un très bref aperçu de la structure de base de ma nymphe des falaises. Plus de six mois de travail pour ça, eh oui ! grâce à ma malédiction des colis postaux qui condamnait le serpent de mon imagination à se mordre la queue et rien d’autre. Au moins, cela vous donne un aperçu des couleurs : beige rosé, or terni, etc. 
Je vais, bien sûr, continuer de l’avancer, même s’il est maintenant loin d’être la priorité qu’il put être voilà trois mois. Vilains tours du destin ! Mais, au moins, j’ai de quoi occuper mon temps libre…

(Autres projets en cours qui ne figurent pas dans cet article : de la broderie avec rubans, une couverture à tricoter, diverses broches et… et… un mystérieux secret.)

lundi 19 septembre 2016

CCCXXIX ~ Soombre


L’initié me conduit dans une pièce sans fenêtres, où les restes d’un trépané psalmodient dans un souffle étranglé une ode à la grande Russie ; où d’innombrables crucifix, suspendus à une tenture de velours, flamboient d’un triste phosphore…
« Chacune de ces croix est la relique de la dernière larme versée par les âmes qui par nous furent damnées… Car nous vainquons, nous vainquons toujours !
— Je ne suis pas venue écouter ton boniment », dis-je, et de laisser tomber mon vêtement, dévoilant gorge ronde et taille souple. De grands miroirs se troublent, palpitent : c’est l’épreuve qui commence ! Et un ! deux ! trois ! Baiser, morsure, galop d’enfer : des reflets vacillants émergent la raclure et l’immondice ; mes reins se cambrent, ma croupe se redresse, et mille fantômes avides peuvent enfin s’y abreuver. Un crâne me dévore de sa mâchoire branlante, et il loge entre mes cuisses plus de démons que n’en compte la Géhenne… !
Mais je porte haut mon vice, et ma candeur me sauve. J’aime, je caresse, j’étreins, et les déchus ne parviennent à m’étourdir ; j’excite leur désir, devance leurs jouissances ; je me pâme et les attise, les rejette et les retiens ! Leur macabre luxure assaille tous les replis de mon corps, et la mort elle-même s’épuise sur ma chair de lys, entêtante tel un relent d’église…
Je ne crains le sabbat, s’il m’offre la lumière ! Ô anges du ciel, gloire céleste, divine connaissance, je vous devine à travers la brume de l’extase, et bientôt je serai votre égale, immortelle, invincible, même si pour vous atteindre se pressent ce soir contre mon sein le cadavre des rois et le râle des monstres. J’incarne la puissance du premier orgueil, et mon péché étincelle d’une pureté que ne peuvent étouffer les plus sombres ténèbres. La noblesse des fleurs n’est-elle pas fille de vermine ? 

~~~


Vous aimez les mises en scène un rien décadentes, les nudités monochromes qui évoquent des préparatifs de Sabbat ? Paul von Borax aussi. Il leur a même dédié tout un recueil de photographies et de textes écrits par ses modèles et par lui-même. Maintenant que la bête est sortie, j’en profite pour lui dédier un petit billet, tout en restant avare sur les images pour vous donner envie de vous le procurer (eh oui). Plus sérieusement, certaines photographies sont d’une intensité remarquable, et j’espère qu’elles vous plairont. 

mercredi 14 septembre 2016

CCCXXVIII

Rien de tel qu’une petite escapade pour vous changer les idées après un voyage trop intense pour vous laisser retourner à vos habitudes (j’espère pouvoir parler bientôt de la Grèce ici…) ; rien de tel, donc, que de profiter de l’appartement d’un ami du Poète à Luxembourg pour se promener autour de la Moselle ou de l’Alzette, surtout quand l’ami en question est amateur de nourriture et de grands crus (et ce même si j’oublie toujours que le vin rosé me donne la migraine). 

L’en-bas de Luxembourg vu d’en haut.
Et le plein de façades Art nouveau dans la ville d’Esch-sur-Alzette.
Il fut également question d’une randonnée mais je n’avais pas pris mes chaussures de marche. Flûte.

Et sinon ? 

J’hiberne dans la chaleur, dolente. J’attends toujours des fournitures de bijoux qui n’arrivent pas (cela devient une habitude). J’essaie de faire diminuer ma pile de livres. Je range les cartons de mon récent déménagement. Je photographie mon chat.

Miaou.
J’aurai rarement vécu un mois de septembre aussi éloigné des ambiances que je lui associe généralement, mais cette expérience est intéressante ! Je prête plutôt à septembre des caractéristiques exubérantes, comme un délire dionysien de fin d’été, avec du raisin bien mûr partout (et pas seulement pour le rosé). Plus prosaïquement, ce serait le rutilement du cartable en cuir neuf dans un orgueilleux rayon de soleil doré. Mais cette année, septembre ressemble plutôt à ceci :

Image trouvée au hasard de Tumblr.
On garde le doré, car tout ne peut être complètement changé d’un coup. Mais le reste est vaporeux : ce sont les Muses qui travaillent en secret. Tout niche dans le mystère de la pensée. 

Qu’il est agréable, après des années de doutes, de tâtonnements, de déceptions, de se savoir en train de travailler convenablement et de pouvoir se regarder dans un miroir avec un peu de fierté – fierté relative, le plus complexe restant à venir. Être adulte, enfin, et se tenir dans ses pleins pouvoirs, ses pleines capacités, connaître ses défauts et se sentir capable de les combattre, accepter la frustration qui accompagne les lentes progressions, et, surtout, éprouver la joie de ne pas s’être contenté du chemin le plus facile.


(Septembre, c’est aussi, toujours, la guitare, les blés, le parfum du monoï…)

J’aime bien cette idée d’un septembre serein, sans tristesse ni mélancolie, qui recueille patiemment ses fruits. Je continue avec plaisir de contempler les saisons et leurs influences sur les hommes, et la façon dont les actes de l’homme influencent la vison qu’il porte sur les saisons.

Et s’il est vrai que l’on récolte ce que l'on sème, il me tarde d’arriver aux prochaines moissons.

mardi 6 septembre 2016

CCCXXVII ~ Toujours l’été.

Alors que je m’agace vainement sur le nombre de « Ça y est, l’été est fini » qui fleurissent un peu partout (j’ai vraiment horreur de ces amalgames entre calendriers administratifs et rythme des saisons), je suis tout excitée à l’idée de découvrir les prochaines expositions qui vont rythmer l’automne et le début de l’hiver.

Ainsi, cette année à Paris (et un peu ailleurs) :
~ L’œil de Baudelaire au musée de la Vie romantique. L’occasion, peut-être de découvrir un peu mieux la partie critique de son travail, méconnue, et pourtant incontournable dans ce qui a forgé le goût romantique
~ Spectaculaire Second Empire, à Orsay, avec également une série de concerts
~ Oscar Wilde au Petit Palais (ainsi que les expositions sur l’art de la paix et les modernités Belle Époque)
~ Fra Bartolommeo : du dessin à la peinture à… Rotterdam. Je guetterai surtout le catalogue, je pense…
~ Franz Xaver Winterhalter au château de Compiègne
~ Les Temps mérovingiens au musée de Cluny, sans doute l’exposition que j’attends le plus, tant on sait peu de chose sur cette dynastie franque.  Je suis vraiment très curieuse de voir de quelles pièces elle sera composée.
~ Paysages d’Odilon Redon à Bordeaux
~ Dans les armoires de Joséphine au château de Malmaison.
J’ai rapidement jeté un œil à la saison 2017 qui semble prometteuse (surtout dans les musées néerlandais, argument supplémentaire pour partir visiter les Pays-Bas). Reste aussi la Mode au Moyen Âge qui se termine en janvier…

J’ai également décidé, cette rentrée, de visiter plus de petites maisons d’édition et de librairies indépendantes (au péril de mon compte en banque), toujours dans l’espoir de découvrir une avant-garde, mais aussi de soutenir de petits organismes. J’achète l’immense majorité de mes livres d’occasion, je ne suis pas sûre que cela soit toujours très constructif.

Quant à l’opéra et à la musique symphonique, plein de petits signets rythment mes programmes (rien qui ne m’emballe au théâtre pour le moment, je verrai sans doute au jour le jour). Parmi les plus plus attendus, aucun ballet (hâte de voir en revanche ce que cela donnera l’an prochain avec Aurélie Dupont à la direction de la Danse), mais Snegourotchka et Eugène Onéguine me font de l’œil (les Russes, toujours les Russes). Et à la Philharmonie, qui décidément aura été la meilleure chose qui soit arrivée à Paris depuis bien longtemps, beaucoup trop de choses paraissent intéressantes, dont, très prochainement, trois jours dédiés à Faust avec projection du film Phantom of the Paradise, un hommage à Nijinski, et… la liste serait trop longue. Si vous ne vous êtes jamais vraiment intéressé au programme de la Philharmonie, je vous invite vraiment à vous y pencher ; on y trouve aussi bien des concerts classiques que des mélodies Jazz, extrême-orientales, africaines, que sais-je sinon qu’il y en a pour plein de goûts différents. Et l’acoustique y est fabuleuse.

J’espère également cette année me tenir à ma résolution de regarder un film par semaine, résolution que je ne tiens lamentablement pas depuis deux ans.

Parce que je suis un peu paresseuse.
Pour le reste, réussir à ne pas trembler de colère dès que j’entends certaines considérations sur l’art serait un bon début.

mardi 30 août 2016

CCCXXVI ~ La Merveilleuse

Maquillage, coiffure, photographie : Alexandra Banti
Robe (pour les curieux) : Gunne Sax 


Tous avaient déjà vu, enrobé d’un nuage de tulle, le sein de Désirée danser au rythme de son rire, le tétin d’albâtre troubler jusqu’aux esprits les plus sages des salons dont elle foulait les tapis. Elle riait constamment, ou se mordait les mains pour ne pas rire, laissant imprimée derrière les fronts soudain sérieux de cette joyeuse société la trace des dents gravées dans sa chair élastique. 
Tous connaissaient si bien ce sein que Désirée ne prenait plus la peine de le cacher sous la soie bisque des charmantes incertitudes qui, le soir venu, laissaient à la Fortune le soin de distribuer les clefs de leur énigme. La cheville était nue sous la bride de la sandale, le ventre nu sous le linon de la robe, la nuque nue sous les boucles relevées en chignon, et Désirée se promenait nue sous les chandelles et les regards, le rire à la gorge et la morsure au doigt. Elle se laissait contempler tel un marbre mouvant, et de charmantes sphinges, plus rassurantes, recueillaient les hommages des feux qu’un autre désir avait allumés. 
Mais un soir, un inconnu qui ne portait ni la coiffure ni les bijoux d’usage entra dans le salon, l’œil trop impérieux pour qu’on osât le prier de sortir. À sa vue, Désirée tendit majestueusement le bras vers lui, et de sa gorge s’échappa un : « Vous… ! » coléreux qui cingla les airs. La foule se tut, attendant le combat.
« Madame, vos fidèles vous réclament. 
— Ont-ils oublié que je suis morte voici cinq ans ?
— Je craignais pareille réponse, mais ne pouvais croire que vous honoreriez ainsi la mémoire de votre mari.
— Si vous pensez seulement que mon sentiment pour lui s’est éteint, dit-elle avec un cruel sourire, vous n’êtes pas digne que je vous suive. »
Désirée, mariée ? On murmurait aux oreilles des uns, des autres : le souvenir revenait à la bouche. Oui, mariée ! Rappelez-vous donc les années sanglantes… Désirée, utopiste, et son mari poète, tenaient une gazette où se pressaient les plumes de soufre dont la simple évocation parvenait à accorder ultras et royalistes. L’on y découvrait de curieuses réminiscences antiques, d’effroyables discours politiques, d’abominables sentences philosophiques qui eurent le malheur de naître cent ans trop tôt et qui mourraient à peine proférées en une ère pourtant favorable : tous, égaux devant l’Idéal, hommes de peu et nobliaux, filles et femmes, juifs, maçons, physiciens, mages pouvaient y coucher leurs idées pour sauver l’art et la France. Chacun de ces penseurs, lui-même aberration parmi les siens, écrivait avec une ardeur que l’on pensait perdue depuis les âges obscurs, et la gazette suivait son train.
 
 
 

Mais le dégoût, les traîtrises eurent raison des espoirs fougueux, et le poète, dénoncé, fut saisi. Peu s’en fallut que Désirée ne le suivît, toute à sa douleur ; on la retint à grand peine et elle entendit, impuissante, l’annonce du procès et la condamnation qui suivit. On s’en souvenait, à présent ! de cette silhouette carmin dans la masse grondante face à la guillotine, de ce visage fier, à découvert malgré le danger, qui regardait son mari mourir sans ciller et qui disparut sitôt la tête juste tranchée brandie vers la foule. Ne parvinrent ensuite que de vagues récits venus d’Italie, sur une Française à demi folle qui ne sortait que les jours de tempête, nue comme au jour du Jugement, pour crier face à la mer de furieux serments d’amour dès que jaillissait la foudre. Et la rumeur se tut, l’existence redevenant sereine ; les flots de vin remplacèrent les fontaines de sang, et lorsque ressurgit, à la fin de l’an VI, le profil riant de Désirée, on préféra songer à sa nudité si peu voilée qu’aux vieilles sentences du couperet. 
Jusqu’à cette soirée où s’achevaient cinq ans de deuil et de silence. L’inconnu reprit, la voix claire :
« La paix ne peut fleurir si les idées qui la nourrissent meurent avec le sang versé. Souhaitez-vous glisser toujours de tyran en tyran ? Allons, madame, vous êtes citoyenne, et cet honneur ne doit plus souffrir des malheurs qui en ont suivi la naissance. »
Le salon, ne sachant quoi penser, se tournait vers Désirée. Elle posait son regard dans le vague, et porta soudain l’index entre ses dents pour le mordiller dans un mauvais sourire.
« Ah ! qui d’autre que nous, mon pauvre ami, pour redonner leur voix aux spectres ?
— Qui d’autre que vous ? répondit-il doucement. »
Désirée réclama champagne et voiture, et s’en fut sans autre parole que les perles de son rire, dont l’écho retombait en cascades depuis le grand escalier où elle s’était enfuie. Elle réapparut selon son caprice, toujours aussi riante et nue, jusqu’au sacre de l’Aigle où elle traversa les montagnes pour ne plus revenir. Mais de temps à autre paraissait un pamphlet noirci d’espoirs amers, où la signature figurait un D entrelacé à l’initiale d’un poète disparu.


~~~

Enfin ! Enfin je peux partager avec vous cette séance qui me tenait vraiment à cœur, née tout à la fin de l’hiver dernier (ça remonte !), inspirée à la fois par les tenues des élégantes des années qui suivirent la Terreur et par ces figures de femmes de la Révolution, comme Olympe de Gouges, madame Roland ou encore madame Tallien (mais rassurez-vous, je suis bien consciente, même si j’emprunte leurs traits, de ne pas leur arriver à l’orteil). Époque de petitesse et d’intrigues, mais aussi de grandeur d’âme, la mort pouvant frapper n’importe qui n’importe quand, au gré des amitiés et des suspicions, sans laquelle le XIXe siècle n’aurait pu être ce qu’il fut : c’est sur elle que se porte ma préférence dans un XVIIIe siècle que je trouve profondément ennuyeux (vous ne lisez certainement pas le blog d’une amoureuse de Voltaire…).


(De gauche à droite et de haut en bas : Portrait de Christine Boyer-Antoine, Jean Gros, 1800 ; image du Costume parisien ; Juliette Récamier par J.-B. Augustin.)

Le destin, disais-je il y a dix jours, me poussait toujours à repousser cette publication, entre les bêtes erreurs de sauvegarde et l’oscillation entre l’anecdote et l’allégorie dont l’équilibre ne me plaisait pas. Je ne suis jamais très sûre de moi pour ce que je crée, mais bon, si je ne me lance pas de temps en temps, je ne me lancerai jamais.
Transparent White Star